« Le chant est la monture de l’âme vers le divin. » — Dits soufis
✨ Dans une ruelle silencieuse de Sidi Bou Saïd, un muezzin s’élève au crépuscule. Son chant, mêlant le profane et le sacrée, traverse les siècles. C’est un M’ajrad. Un chant soufi tunisien ancestral, à la fois invocation, mémoire et offrande. Ceux qui l’entendent se taisent. Ceux qui le comprennent, vibrent. Et ceux qui le chantent, cheminent vers Dieu.
Bienvenue dans le monde du chant soufi M’ajrad, un art mystique où musique, parole et silence s’entrelacent au rythme du coeur. Cet article vous propose une exploration profonde et vivante de ce trésor immatériel tunisien, à la croisée de la spiritualité soufie, du patrimoine musical arabo-islamique et des quêtes de sens contemporaines.
Le chant soufi M’ajrad, une voie vers l’ineffable
Le chant soufi M’ajrad, littéralement « chant dépouillé », est une forme musicale sacrée propre à la Tunisie, mais résonnant avec tout l’univers mystique de l’Islam. Sans accompagnement instrumental, il s’appuie uniquement sur la voix humaine — cette flamme intérieure que les soufis considèrent comme une corde entre l’âme et Dieu.
Dans une époque saturée de bruits et de déracinement, le M’ajrad invite à la dépouille du moi, au retour au silence habitable. C’est une pratique spirituelle autant qu’une archive vivante de la culture mystique tunisienne, notamment dans les zaouïas de Sidi Bou Saïd, Kairouan, ou encore Mahdia.
Racines mystiques : Le M’ajrad, un chant venu d’en-haut ✨
Le M’ajrad n’est pas né dans une salle de musique, mais dans le coeur des awliya, les amis de Dieu. Les premières traces de cette pratique remontent au XIIIe siècle, période d’effervescence spirituelle dans le monde arabo-musulman. En Tunisie, ce sont les grandes confréries comme la Shadhuliyya (fondée par Abul Hasan al-Shadhili à Ghar al-Milh), la Qadiriyya ou encore la Tijaniyya qui vont ancrer ces chants dans leurs rituels.
● Abu Madyan (1126-1198), maître andalou qui influencera le Maghreb entier, considérait le chant comme « une ivresse légitime ». ● Sidi Belhassen Chadli, installé à Tunis, introduira des formes de dhikr vocal élaborées, proches du M’ajrad.
Le M’ajrad se distingue par son caractère a cappella, porté par une voix ou un choeur, où chaque intonation est à la fois préparation à la rencontre et mémoire d’un amour divin. Contrairement au sama’ ottoman ou au ghinâ’ marocain, le M’ajrad tunisien insiste sur la dénudation, la pureté.
On y retrouve souvent des textes de grands poètes mystiques :
« Je suis Celui que j’aime, et Celui que j’aime est moi » — al-Hallaj
« Mon coeur est devenu capable de toute forme » — Ibn Arabi
Chaque chant devient alors un mi’râj sonore : une ascension vers la présence divine.
Transmission & héritage : Des voix ininterrompues
La transmission du M’ajrad est orale, initiatique, et communautaire. Elle se fait dans les zaouïas (lieux de retraite spirituelle), au sein de halqas (cercles mystiques) où le maître initie ses disciples par la répétition, l’écoute et la présence.
● ✨ À la zaouïa de Sidi Bou Saïd al-Béji, le M’ajrad accompagne les veillées, les mawlid (naissance du Prophète), les dhikr collectifs. ● ✨ À Testour, la tradition andalouse s’est mêlée au soufisme pour créer des variantes locales.
Deux mots-clés secondaires essentiels ici : « zaouïas de Tunisie » et « origines du dhikr soufi ».
Cette chaîne de transmission, souvent invisible mais vivante, a permis de conserver une poésie, une théologie incarnée. Le M’ajrad est chanté en arabe classique mais intègre aussi le dialecte tunisien, notamment dans les khrajat (sorties poétiques) à la fin des chants.
Manifestations culturelles & rituelles : La voix du sacrée
Le M’ajrad est au coeur de nombreuses manifestations rituelles tunisiennes :
- Hadhra : veillée de chant et de dhikr collectif
- Mawsim : pèlerinage saisonnier autour d’un saint
- Ziyâra : visite des tombeaux d’awliya
Lors de ces événements, les M’ajrad préparent le coeur à recevoir le divin. Ils sont chantés avant les danses extatiques (rafda), souvent en cercle, parfois de façon individuelle.
Le M’ajrad est aussi présent dans :
- les kharga (clôture d’un dhikr)
- les rituels de guérison spirituelle
- les répétitions semi-improvisées lors des prières nocturnes
Certains textes chantés sont attribués à des saints tunisiens comme Sidi Abdelkader al-Jilani, Sidi Ali Hachani ou Sidi Amor Abbada.
Le soufisme aujourd’hui : Un trésor à redécouvrir 🕊️
Le soufisme en Tunisie oscille aujourd’hui entre patrimonialisation et revitalisation. Si des festivals (comme le Festival de la Hadhra à El Kef) et projets universitaires (archives sonores à l’IRMC) tentent de sauvegarder le M’ajrad, d’autres acteurs en font un outil de transformation intérieure.
Des artistes comme Dorsaf Hamdani ou Lotfi Bouchnak réintroduisent ces chants dans des concerts mêlant tradition et modernité.
Des cercles soufis contemporains (Tunis, Paris, Montréal) utilisent le M’ajrad comme pratique de dhikr.
Pourquoi s’y intéresser aujourd’hui ? 🌟
💭 Quête de sens spirituel
Dans un monde sécularisé, le M’ajrad reconnecte à une dimension verticale, transcendante, sans dogmatisme.
🌿 Valorisation du patrimoine tunisien
C’est un joyau à transmettre, un pont entre générations et cultures.
🙏 Connexion au divin par la voix
Le chant devient souffle, et le souffle devient prière.
⚖️ Pacification intérieure
Chanter le M’ajrad, c’est harmoniser le nafs (ego) avec le ruh (esprit).
Témoignage : Youssef, l’étudiant qui chantait dans le métro
Youssef, 27 ans, étudiant en musicologie à Tunis, découvre le M’ajrad dans une zaouïa. « Je ne comprenais pas tout, mais mon corps, lui, savait. La vibration me calmait. Depuis, je chante un vers tous les matins dans le métro. Des gens me regardent bizarrement. Mais une dame m’a dit : ‘Ton chant m’a rappelé mon père. Merci.’ »
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FAQ : Questions courantes sur le chant soufi M’ajrad
Qu’est-ce que le dhikr ? C’est la méditation répétitive des Noms de Dieu, souvent chantée ou murmurée.
Quelle est la différence entre soufisme et islam classique ? Le soufisme est une voie intérieure de l’islam, orientée vers l’amour divin et l’expérience directe.
Peut-on pratiquer le M’ajrad seul ? Oui, mais l’écoute guidée est préférable au départ.
Les femmes peuvent-elles chanter le M’ajrad ? Oui, dans les cercles soufis mixtes ou féminins, cela se fait de plus en plus.
Glossaire soufi 📖
Awliya : les amis de Dieu, saints musulmans
Dhikr : invocation ou souvenir de Dieu
Hadhra : veillée rituelle soufie avec chants et transes
Tariqa : voie initiatique soufie
Zaouïa : lieu de retraite et d’enseignement soufi
Liens utiles ➞
- Festival de la Hadhra à El Kef
- Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain (IRMC)
- Vidéo de hadhra à Sidi Bou Saïd
- Livres de Michel Chodkiewicz sur Ibn Arabi
- Article sur la Qadiriyya en Tunisie
- Discographie de chants soufis tunisiens
Conclusion : Une voix pour le silence 📿
Dans le tumulte du monde, le chant soufi M’ajrad est un appel au retour. Un fil sonore reliant l’homme à son origine. Une tradition à faire vivre non pas pour la muséifier, mais pour la laisser nous transformer.
Rejoignez notre lettre spirituelle sur chantsoufi.com et suivez les voix qui mènent au silence. ✨





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