« Le chant est l’encre de l’âme, et le silence sa ponctuation » — Dits soufis
🌟 Un soir d’été à Sidi Bou Saïd. Des hommes en cercle, leurs voix s’élèvent, nues, profondes. Le vent porte leur psalmodie jusqu’à la mer. C’est une hadhra. C’est un dhikr. C’est une mémoire chantée, vivante. C’est la tradition soufie tunisienne dans toute sa splendeur.
🌐 Le chant soufi tunisien, et notamment le M’ajrad, n’est pas un folklore : c’est une voie vers Dieu. Par la voix, par la poésie, par le souffle, le pratiquant s’allège du monde et accède au mystère. C’est cette tradition mystique, enracinée dans l’histoire de la Tunisie, que nous explorons ici.
🌿 Introduction : La tradition soufie tunisienne, un souffle ancien
La tradition soufie tunisienne plonge ses racines dans le terreau spirituel de l’Islam. Voie de l’intériorité, de l’amour divin et de la transformation de soi, le soufisme a fleuri dans toute la Tunisie dès le Moyen Âge. Ses pratiques ont forgé une culture à part entière : chants soufis tunisiens, poésie mystique, rites de transe, architecture des zaouïas, et surtout — transmission du dhikr, le souvenir de Dieu.
🗺️ De Kairouan à Gabès, en passant par Tunis, Sidi Bou Saïd ou Mahdia, les zaouïas se sont multipliées, devenant à la fois des foyers spirituels, des conservatoires de musique sacrée et des refuges pour les chercheurs de vérité.
Que cherche le soufi ? Il cherche à se souvenir. Et dans ce souvenir, à se fondre dans l’Aimé.
Aujourd’hui, alors que les jeunes redécouvrent leurs racines spirituelles, il est essentiel de retracer l’histoire de la tradition soufie tunisienne pour en raviver les lumières.
Racines mystiques du chant soufi tunisien 🌯️
Les chants soufis tunisiens, et en particulier le M’ajrad, sont nés au croisement de plusieurs influences : andalouses, berbères, africaines, et orientales. Leurs structures musicales sont sobres mais puissantes : voix seule, modulation lente, accent mis sur le verbe.
🌀 Le mot majrad signifie « dépouillé » : il s’agit d’un chant sans instrument, à la voix nue. C’est l’expression même de la pauvreté mystique, du fana’ (l’extinction de l’ego).
Les poètes chantés sont des géants spirituels :
- al-Hallaj : « Je suis Celui que j’aime, et Celui que j’aime est moi »
- Ibn Arabi : « Mon cœur est devenu capable de toute forme »
- Sidi Bou Mediene, influent en Ifriqiya, dont les vers sont encore chantés à Tunis.
Les confréries mystiques tunisiennes
Plusieurs turuq (voies soufies) ont marqué la Tunisie :
- Shadhuliyya : fondée par Abul Hasan al-Shadhili à Ghar al-Melh
- Qadiriyya : implantée à Sfax et Tunis
- Tijaniyya : présente dans le sud et en diaspora
Ces confréries ont codifié les chants, les invocations, les temps de silence. La voix devient instrument de purification, outil de concentration, extase canalisée.
Transmission & héritage vivant des zaouïas 🏛️
La tradition soufie tunisienne repose sur une transmission orale et initiatique, appelée silsila. Le savoir ne s’apprend pas dans les livres, mais au contact d’un maître vivant, le cheikh.
Les zaouïas de Tunisie jouent un rôle central :
- ✨ Sidi Bou Saïd al-Béji : haut lieu du chant mystique
- ✨ Sidi Ali Hattab à Tunis : foyer de dhikr ouvert
- ✨ Zaouïa de Sfax : mémoire vivante du sud tunisien
- ✨ Zaouïa de Kairouan : lien avec l’ancienneté du soufisme maghrébin
Anecdote
Cheikh Mahmoud, 82 ans, à Gabès : « Un jour, un jeune est venu avec son smartphone et m’a dit : ‘Je veux enregistrer ta voix.’ Je lui ai répondu : ‘Tu peux prendre ma voix, mais entends-tu ce qu’elle ne dit pas ?’ »
Les pratiques soufies vivantes sont fragiles mais résilientes, comme les palmiers du désert.
Manifestations culturelles & rituelles du soufisme tunisien 🎶
Le chant soufi s’incarne dans plusieurs manifestations :
Hadhras
Veillées spirituelles collectives, où les fidèles chantent des vers, répètent le Nom divin (Allah, Hu, Rahman…) jusqu’à atteindre l’ivresse sacrée (wajd).
🌇 Une hadhra à Sidi Bou Saïd : tambours bendir, voix graves, encens. Le corps s’incline, les larmes montent, les battements s’accordent. Une nuit où Dieu semble respirer avec nous.
Kharja et mechhed
- Kharja : procession finale, où l’on « sort » de l’extase par des chants de louange
- Mechhed : pèlerinage local autour de la tombe d’un saint (wali)
Ces rituels mêalent le chant, la marche, la présence collective.
Dhikr
Répétition des Noms de Dieu. Le dhikr vocal peut être intime ou communautaire. Il libère des tensions, révèle le silence intérieur.
« Celui qui invoque Dieu devient, par la lumière de son souffle, une lampe pour les autres. » — proverbe soufi
Le soufisme tunisien aujourd’hui ⏳
Le soufisme contemporain en Tunisie fait face à deux dynamiques :
- Patrimonialisation : festivals, musées, archives
- Renouveau spirituel : jeunes en quête d’intériorité
Initiatives modernes
- Festival Soufi de Kairouan
- Collectif Sama’ Soufi à Tunis
- Travaux de l’IRMC sur les musiques sacrées
- Plateformes comme Chantsoufi.com qui font le lien entre tradition et monde digital
La musique mystique islamique touche aujourd’hui les cœurs au-delà des croyances : artistes, psychanalystes, yogis, chercheurs… tous s’y reconnaissent.
Pourquoi s’y intéresser aujourd’hui ?
🌿 Pour nourrir une quête intérieure sincère
Le soufisme invite à l’écoute, la lenteur, la compassion. Une boussole dans un monde bruyamment vide.
🎶 Pour redécouvrir un art musical sacré
Le chant M’ajrad est une méditation. Une musique du souffle. Une ascension sans escalier.
📜 Pour transmettre un patrimoine immatériel
La tradition soufie est un trésor menacé. L’écouter, c’est la protéger.
🥊 Pour s’ouvrir à une culture de paix
Pas de prosélytisme. Juste l’appel silencieux à l’unité. « Tous les chemins mènent à Lui. »
📍 Témoignage : Hichem, le retour d’un fils
Hichem, 33 ans, né à Lyon, d’origine tunisienne. Il découvre les chants soufis sur YouTube. En 2022, il part à Sidi Bou Saïd. Il assiste à une hadhra.
« J’ai fondu. Ce n’était pas religieux, c’était plus profond. C’était la voix de mon grand-père. Je ne comprenais pas les mots, mais je reconnaissais tout. Depuis, je chante seul, au lever du jour. Je ne suis plus tout à fait le même. »
Chaque chant est un chemin. Et chaque chemin revient au silence.
📬 Contactez Mouhamed Farouk Chlagou (Sidi Bou Saïd)
Envie d’en savoir plus sur les chants mystiques et les traditions vivantes de nos zaouïas ?
🙏 Mouhamed Farouk Chlagou vous accueille dans la lumière du souvenir (dhikr).
🌐 chantsoufi.com
FAQ : Tout savoir en quelques mots
Qu’est-ce qu’un chant soufi M’ajrad ?
Un chant spirituel tunisien a cappella, visant la présence divine par la voix nue.
Quelle est la différence entre hadhra et dhikr ?
La hadhra est une veillée communautaire. Le dhikr est le souvenir de Dieu, seul ou en groupe.
D’où vient le soufisme tunisien ?
Il remonte au IXe siècle, nourri par les flux andalous, orientaux et africains.
Le soufisme est-il encore pratiqué ?
Oui, dans les zaouïas, les festivals, mais aussi chez les jeunes chercheurs d’intériorité.
Quelles zaouïas sont ouvertes au public ?
Celles de Sidi Bou Saïd, Sidi Ali Hattab, Kairouan, Testour, entre autres.
Glossaire mystique 📖
Awliya 📌 : Saints amis de Dieu, médiateurs entre ciel et terre.
Zaouïa 🏛️ : Lieu de retraite, de transmission, de silence habitable.
Dhikr 📰 : Invocation des Noms divins, voie de la mémoire sacrée.
M’ajrad 🎶 : Chant dépouillé, voie vocale vers la pureté mystique.
Fana’ 🌈 : Extinction de l’ego, dissolution dans le divin.
Silsila 🔗 : Chaîne initiatique reliant les maîtres au Prophète.
Liens utiles 🔗
- Festival de la Hadhra à El Kef
- Archives sonores IRMC
- Zaouïa de Sidi Bou Saïd – Vidéo
- Chants soufis numérisés – Gallica BNF
- Ouvrages de Michel Chodkiewicz sur Ibn Arabi
Conclusion : Une mémoire à faire vibrer 📿
Le soufisme tunisien, c’est une musique ancienne et toujours jeune. C’est un souffle porté par des hommes et des femmes de paix, de beauté, de prière.
« Le chant est l’échelle par laquelle l’âme remonte à sa source. »
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🌟 Et vous, quel chant réveille votre cœur ?





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