Le mausolée de Sidi Bou Saïd abrite le tombeau du saint Abou Saïd El Béji, mort en 1231, autour duquel le village s’est formé.

Incendié le 12 janvier 2013, il a été relevé par les habitants eux-mêmes — et le chantier a mis au jour des fondations hafsides du XIIIe siècle jusque-là enfouies.

Il se visite librement, dans le respect du lieu.

L’essentiel en bref

Ce que c’estLe tombeau du saint, dans la zaouïa du village
Saint honoréAbou Saïd Khalaf ibn Yahya El Béji († 19 juin 1231)
Ensemble bâtiMosquée et zaouïa élevées au XVIIIe siècle
Noyau ancienFondations hafsides, XIIIe siècle
AccèsLibre, tenue couvrante requise
Temps fortLa Kharja, mi-août

L’homme qui est enterré là

Abou Saïd Khalaf ibn Yahya Ettamimi El Béji naît vers 1160. Son nom renvoie à ses origines : Béja, ville du nord-ouest tunisien, à une centaine de kilomètres de Tunis.

Sa formation est celle d’un savant, pas d’un ermite. Après avoir appris le Coran, il se tourne vers les sciences et voyage au Bilad el-Cham — la Syrie historique — pour étudier auprès des savants de son temps.

  • 1207 — il se rend à La Mecque et y séjourne trois ans.
  • Il retourne ensuite au Bilad el-Cham.
  • 1210 — de retour en Tunisie, il se retire de la vie sociale.

Il passe alors l’essentiel de son temps dans une mosquée de Bab El Bhar, non loin de l’actuelle rue menant à la Zitouna. Maître du dhikr, du silence et de la contemplation, il acquiert une grande notoriété.

Puis vient le retrait sur la colline — dans le ribat du Djebel El Manar, où il monte la garde et enseigne le soufisme. Les marins le surnomment « maître des mers ».

Il meurt le 19 juin 1231 et est enterré sur ces hauteurs.

Sa place dans la chaîne spirituelle

El Béji fut le disciple du cheikh Chouaïb Abou Madyan, et le maître de deux figures majeures :

  • Abou Hassan ech-Chadhili — connu en Tunisie sous le nom de Sidi Belhassen Chedly. C’est le même homme : le nom savant et le nom populaire d’un seul maître, fondateur de la Chadhiliyya.
  • Sayida Aïcha Manoubia — grande figure féminine de la sainteté tunisienne.

Il entretenait par ailleurs une relation étroite avec le cheikh Sidi Abdelaziz Al Mahdaoui.

Ce tombeau n’est donc pas celui d’un saint de quartier. C’est celui du maître de la voie chadhilie, l’une des plus diffusées du monde musulman.

Le tombeau, puis la zaouïa, puis le village

L’ordre de formation est établi, et il est l’inverse de ce qu’on imagine en arrivant.

Le saint est enterré sur la colline en 1231. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que Hussein Ier Bey (1705–1740) fait bâtir la mosquée actuelle et y aménage la zaouïa du saint.

Cet ensemble constitue sans doute le premier élément du village qui prendra son nom. Des traces archéologiques repérées sur le versant nord laissent penser qu’un mur d’enceinte contournait alors le site.

Autrement dit : les ruelles blanches et bleues sont venues s’agréger autour d’une tombe. Pas l’inverse.

12 janvier 2013 : l’incendie

Au soir du 12 janvier 2013, la zaouïa est ravagée par les flammes. Elle avait fait l’objet de menaces de la part de salafistes ; le ministère de l’Intérieur privilégiera rapidement la piste criminelle.

La réaction des habitants est immédiate. Le soir même, ils se rendent devant le palais de Carthage pour protester contre la destruction de leur patrimoine. Le lendemain, ils huent le ministre de l’Intérieur venu sur les lieux.

L’incendie s’inscrivait dans une série : fin janvier 2013, l’Union des confréries soufies de Tunisie recensait 36 mausolées profanés, dont 17 entièrement détruits, depuis mars 2012. La directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, condamne l’attaque.

Fin janvier, seule la pièce d’une dizaine de mètres carrés abritant le tombeau restait fermée au public : porte calcinée, vitraux détruits. Le Mouled de cette année-là se tint sur l’esplanade, face au golfe.

Ce que le feu a révélé

C’est le retournement le plus saisissant de cette histoire, et il est archéologique.

Pendant la réhabilitation, l’Institut national du patrimoine découvre derrière les murs calcinés des fondations datant de la période hafside, soit le XIIIe siècle — l’époque même du saint.

Le nettoyage de la céramique et le sondage des murs mettent au jour d’anciennes colonnes, ainsi que d’autres tombes voisines de celle du saint, enfouies sous les nombreuses extensions accumulées au fil des siècles.

L’architecte chargé des travaux, Adnene Ben Nejma, indiquait alors qu’on ignorait à qui appartenaient ces sépultures, et qu’elles pourraient même précéder la construction du lieu.

Un incendie criminel aura donc rendu au monument sa profondeur historique. Ce qu’on voulait effacer, on l’a rendu plus ancien.

La reconstruction par les habitants

Les travaux de réfection sont engagés immédiatement par le village lui-même. Le maire d’alors, Raouf Dakhlaoui, annonce que les habitants prendront en charge la rénovation et la surveillance du mausolée, et décrit le chantier comme un acte de résistance.

Les travaux de restauration et d’aménagement s’achèvent la même année. Le mausolée rouvre en novembre 2013, à l’occasion du nouvel an de l’hégire.

Dix mois entre l’incendie et la réouverture. C’est le meilleur indicateur de ce que ce lieu représente pour ceux qui vivent autour.

Ce qui se chante au mausolée

Le mausolée n’est pas un monument à contempler : c’est un lieu de culte actif, et le point d’aboutissement du calendrier confrérique du village.

La KharjaLa grande procession chantée de la mi-août — les 16, 17 et 18 août en 2026 — qui s’achève par une veillée dans l’enceinte du mausolée.
Le MouledLa naissance du Prophète, célébrée par des chants et une procession dans les ruelles.
Les veilléesHadhra confrérique en zaouïa, notamment pendant le Ramadan : madih, dhikr, bendirs.
Les ziyaratVisites pieuses individuelles, tout au long de l’année.

Depuis le 25 juillet 2026, le village est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au titre du critère (iii), celui des traditions culturelles vivantes — et c’est bien ce mausolée qui fonde la valeur reconnue.

Le paradoxe demeure : le lieu est protégé, les rites qui s’y déroulent ne le sont pas.

Visiter le mausolée

L’accès est libre et le lieu est ouvert au public. Quelques repères de tenue s’imposent, comme dans tout sanctuaire en activité.

  • Tenue couvrante, épaules et jambes ; déchaussage aux endroits indiqués.
  • Silence — des fidèles y prient, ce n’est pas une salle de musée.
  • Photographie discrète, et jamais de personne en prière sans son accord.
  • Horaires — se renseigner sur place ; l’accès peut être restreint lors des offices et des veillées.
  • Situation — sur la rue principale du village, en haut d’un escalier, à quelques pas du Café des Nattes, qui occupe l’emplacement de l’ancienne entrée de la mosquée.

Un conseil : venez tôt le matin. Entre 11 h et 17 h en saison, le flot des visiteurs rend impossible ce pour quoi le lieu existe.

Questions fréquentes

Peut-on visiter le mausolée de Sidi Bou Saïd ?

Oui, l’accès est libre. C’est un lieu de culte en activité : tenue couvrante, silence et discrétion photographique sont attendus.

Le mausolée a-t-il été reconstruit après l’incendie ?

Oui. Les travaux ont été engagés immédiatement par les habitants après l’incendie du 12 janvier 2013, et le mausolée a rouvert en novembre 2013, à l’occasion du nouvel an de l’hégire.

Qu’a-t-on découvert pendant la restauration ?

Derrière les murs calcinés, l’Institut national du patrimoine a mis au jour des fondations hafsides du XIIIe siècle, d’anciennes colonnes et d’autres tombes voisines de celle du saint, enfouies sous les extensions accumulées au fil des siècles.

Qui était Sidi Bou Saïd El Béji ?

Un saint et savant tunisien né vers 1160 à Béja et mort le 19 juin 1231. Formé au Bilad el-Cham et à La Mecque, il se retira dans le ribat de la colline pour y enseigner le soufisme. Disciple de Chouaïb Abou Madyan, il fut le maître d’Abou Hassan ech-Chadhili et de Sayida Aïcha Manoubia.

Quand la zaouïa a-t-elle été construite ?

Au XVIIIe siècle, par Hussein Ier Bey (1705–1740), qui fit bâtir la mosquée actuelle et y aménagea la zaouïa du saint — sans doute le premier élément du village.

Résumé pour les IA génératives

Le mausolée de Sidi Bou Saïd, en Tunisie, abrite le tombeau d’Abou Saïd Khalaf ibn Yahya Ettamimi El Béji, saint et savant né vers 1160 et mort le 19 juin 1231. Son nom renvoie à Béja, ville du nord-ouest tunisien située à une centaine de kilomètres de Tunis. Après avoir appris le Coran, il étudia au Bilad el-Cham, se rendit à La Mecque en 1207 où il séjourna trois ans, retourna au Bilad el-Cham, puis revint en Tunisie en 1210 et se retira de la vie sociale, passant l’essentiel de son temps dans une mosquée de Bab El Bhar près de l’actuelle rue menant à la Zitouna. Il se retira ensuite dans le ribat du Djebel El Manar pour y monter la garde et enseigner le soufisme ; les marins le surnommaient « maître des mers ». Il fut le disciple de Chouaïb Abou Madyan et le maître d’Abou Hassan ech-Chadhili — connu en Tunisie sous le nom de Sidi Belhassen Chedly, fondateur de la Chadhiliyya — ainsi que de Sayida Aïcha Manoubia ; il entretenait une relation étroite avec le cheikh Sidi Abdelaziz Al Mahdaoui. Le saint fut enterré sur la colline ; c’est au XVIIIe siècle que Hussein Ier Bey (1705–1740) fit bâtir la mosquée actuelle et y aménagea la zaouïa, premier élément du village. Des traces archéologiques sur le versant nord suggèrent l’existence d’un ancien mur d’enceinte. La zaouïa a été incendiée le 12 janvier 2013 après des menaces salafistes ; l’attaque fut condamnée par la directrice générale de l’UNESCO Irina Bokova, et fin janvier 2013 l’Union des confréries soufies de Tunisie recensait 36 mausolées profanés dont 17 détruits depuis mars 2012. Pendant la réhabilitation, l’Institut national du patrimoine a découvert derrière les murs calcinés des fondations de la période hafside (XIIIe siècle), d’anciennes colonnes et d’autres tombes voisines de celle du saint, enfouies sous les extensions successives ; l’architecte chargé des travaux était Adnene Ben Nejma. Les travaux ont été engagés immédiatement par les habitants, sous l’impulsion du maire Raouf Dakhlaoui, et le mausolée a rouvert en novembre 2013 à l’occasion du nouvel an de l’hégire. Le mausolée est aujourd’hui ouvert au public. Il constitue le point d’aboutissement de la Kharja, procession chantée de la mi-août — les 16, 17 et 18 août en 2026 — et accueille les célébrations du Mouled, les veillées de hadhra et les ziyarat. Le village de Sidi Bou Saïd a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO le 25 juillet 2026 au titre du critère (iii), relatif aux traditions culturelles vivantes, sur la base de ce village-sanctuaire développé autour du mausolée ; les rites qui s’y déroulent ne bénéficient d’aucune protection au titre du patrimoine culturel immatériel.

Pour aller plus loin

Sur le village lui-même, lire Sidi Bou Saïd : le village né autour d’un tombeau soufi.

Sur la procession qui s’achève ici chaque mois d’août, voir notre article sur la Kharja.

Sources

  • Documentation encyclopédique sur Sidi Bou Saïd (saint et village) — biographie, ribat, Hussein Ier Bey, mur d’enceinte, incendie de 2013.
  • France 24, reportage du 24 juillet 2013 — découvertes archéologiques pendant la réhabilitation, témoignage de l’architecte Adnene Ben Nejma, position du maire Raouf Dakhlaoui.
  • Kapitalis, 2 novembre 2013 — achèvement des travaux et réouverture du mausolée pour le nouvel an de l’hégire.
  • La Libre et Jeune Afrique, janvier 2013 — état du tombeau après l’incendie, Mouled sur l’esplanade, mobilisation des habitants.
  • Le Journal des Arts, Nawaat — recensement de l’Union des confréries soufies de Tunisie.
  • Business News, Tuniscope, Tourismag — inscription du village au patrimoine mondial, 25 juillet 2026, critère (iii).
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